1574 Inventaire

Version imprimableVersion imprimable

Inventaire du château de Chamoux (1574)

Barbe d'Amboise, veuve en 1544 du seigneur Jean de Seyssel-La Chambre, avait reçu le château de Chamoux en douaire. Elle est morte âgée auprès d'une de ses filles en 1574, à Chambéry : c'est là qu'elle avait fait transporter ses meubles, ses tapisseries, son argenterie… deux ans auparavant. Au décès, on a dressé l'inventaire de ses biens personnels, à Chambéry et à Chamoux, ce document est toujours entre les mains d'une branche colatérale de cette famille.
Marc de Seyssel-Cressieu avait transcrit la partie chambérienne à la fin du XIXe siècle.
Nous avons pu consulter et transcrire la partie chamoyarde : merci à M. de Seyssel de nous avoir accueillis. Voici quelques extraits : la totalité de cette transcription chamoyarde est disponible en fichier attaché en bas de page (en fichier .pdf).

Continuation dudit Inventaire au château de Chamoux

Inventaire des titres étant dans Chamoux et à la grotte dont N. Masson avait la clef qu’il dit lui avoir été remise du jour d'hier par monseigneur le juge-mage de Savoie ou son lieutenant par autorité duquel elle avait été remise entre lesdites mains de son greffier, aussitôt  après le trépas de ladite dame.

Du dixième septembre 1574

On trouve d'abord une longue série de quittances : prêts, emprunts, ventes de terre, frais de voyage…

Puis le notaire explore le château : on parcourt ainsi des pièces à demi vides, où restent cependant un grand nombre de lits avec leur "couette" (coeltre) usée, quelques autres meubles, et des chenets (les pièces étaient donc souvent chauffées), ainsi que quelques lourds instruments  restés sur place (crémaillère, trépied, poêle, cassolettes… ou menottes des prisonniers).

Un intérêt de ce document vient de l'énumération des pièces inventoriées :

- la salle basse où ont été trouvés un grand buffet avec son dossier, trois vieux bancs, deux vieilles tables, et autres deux vieux bancs et deux chenets de fer.

- la chambre du bureau où on n'a trouvé que une table de noyer avec deux tiroirs dont l’un est fermant à clef et l’autre sans serrure et un méchant tapis de turquie rompu et un vieux banchier aussi tout rompu. En outre, deux menottes de fer pour prisonniers.

- dans la basse cour (la cour basse) ont été trouvés deux grands vieux bancs en noyer

- En la garde-robe basse ont été trouvées neuf arquebuses à croc entre lesquelles en y a deux de bronze ; les grands faucons pour les prisonniers avec la masse et chaîne de fer, un grand miroir d’acier sans point de garniture, un autre grand miroir enchassé, deux mouchettes de cuivre pour peigner le lin avec fourreau de cuir, deux bénitiers de la chapelle, quatre vieux épieux et huit hallebardes qui n’ont été estimés pour être vieux, une ymage de figure du Mont Calvayre avec une bien grosse de corail au-dessus en façon d’arbre. Le reste peint.

- En la semellerie a été trouvé une vieille table avec ses attaches.

- En la chambre du maître d’hôtel deux armoires de fer pesant quarante-six livres, une coeltre avec sa fourrure avec son coussin, et deux vieux châlits l’un de noyer et l’autre de sapin.

- dans l’autre chambre dessus la précédente un vieux châlit en noyer, deux coeltres avec leur coussin, deux chenets de fer, un vieux chaudron de laiton, une vieille palette de fer.

- En la grand salle du milieu deux grands chenets et fer à pommeaux ronds au-dessus, lesquels n’ont pu être pesés à cause de leur grosseur, et deux autres petits chenets de fer, une petite table de noyer ferré avec deux armoires fermant, trois bancs à dossiers, un banc tornier et un buffet le tout de noyer ; ainsi qu'un  grand vieux coffre appelé garde-robe ferré avec ses deux serrures fermant à clef, dans lequel a été trouvé du linge : 7 nappes, des serviettes.

- dans la chambre près de ladite salle : un vieux châlit et deux coeltres (l'une de plume d'oie) avec leur fenne, une demi garde-robe et une table ferrée avec ses tréteaux ; l’armoire qui est au-dessus de ladite table n’a point de porte ;  deux chaires (chaises) de bois, deux vieilles escabelles ; et encore on a trouvé  un coffre  fermant à deux serrures vide, deux chenets, une chaise de fer à franges et garnitures de drap rouge.

- dans la chambre en arrière de la précédente, un châlit, une table ronde et un buffet à deux portes, le tout vieux et usé, et une malotrue (mauvaise) coeltre avec un coussin petit vieux et usé.

- dans la chambre de monseigneur près de la terrasse les châlits avec leur coeltre et leur coussin, un buffet, une escabelle, une vieille chaise rompue, le tout en noyer.

- dans la chambre de la tour qui est en poele, n’a été trouvé que des armes avec un matelas et un coussin qui auraient été apportés du lieu de la Rochette dès le trépas de ladite dame pour le Seigneur marquis (son fils, héritier du château) dès que ledit Seigneur marquis après le trépas est entré en la possession dudit Chamoux ; ainsi que deux armoires, des meubles, deux vieilles tables, un vieux buffet dont les serrures sont fermées, l’armoire, le tout en noyer et vieux.

- dans la chambre appelée la nourrisserie : deux châlits, deux coeltres avec leur coussin (l'un rapetassé), deux chenets, un vieux buffet dont l’un des armoires est sans verrou et une chaire ; le tout vieux.

- dans un cabinet près la nourrisserie appelé le cabinet des drogues de ladite dame il n’y a que fioles.

- sous la galerie un coffre de cyprès, qui n’a été ouvert parce que aucun des présents n'avait la clef.

- dans la grand salle autre ont été  trouvées deux grands chenets, une table sur deux tréteaux, deux bancs tournés, un buffet, avec leur armoires et serrures, un seau de cuivre avec ses bandes en fer.

- au cabinet de ladite salle une coeltre et un coussin.

-en la chambre près ladite salle une coeltre, le champlict marqué à carreaux ses quatre piliers goutte de fer où était ladite coeltre, deux petits chenets revêtus a moitié, deux chenets de fer.

- derrière la chambre des archers, deux châlits, deux coeltres, leur vieux coussin et une table ronde.

- dans la chambre des archers deux châlits, une coeltre et un coussin et une autre coeltre mallotrue avec son coussin rapetassé, deux petits chenets de fer, une vieille table qui se plie, deux armoires au dessous l’une desquelles est sans porte, rompue, sans serrure, et une vieille escabelle.

- dans la chambre de l’horloge deux châlits, deux coeltres avec leur coussin, deux chenets de fer, une vieille table, un dessous de table, un buffet avec ses armoires fermant et ses tiroirs, une vieille chaise barrée et une autre vieille chaise de bois.

- En la haute chambre de la tour deux châlits, une coeltre sans coussin, une vieille table, un vieux buffet tout rompu, une chaise, deux chenets de fer.

- dans l'autre chambre au-dessus de l’horloge deux chenets de fer, un buffet sans verrou, un grand châlit de noyer et un autre de sapin tous vieux.

- En une chambre qui est au-dessus la chapelle deux chenets de fer, un vieux châlit, deux vieux buffets, l’un sans porte des armoires et l’autre avec des portes.

- en la chambre basse sur la grand cave deux chenets de fer, un vieux châlit de noyer, une vieille coeltre avec son coussin le tout fort usé, une autre coeltre sans coussin fort rapetassée, un autre petit châlit de noyer à façon d’un chariot, une vieille table sans ferrure, un vieux coffre à façon de demi garde-robe entouré de tapisserie avec vieilles franges, un vieux buffet sans serrure ; trois grands cercles de fer pour tonneaux et un anneau de treuil aussi de fer. et aussi le treuil, une tyne, et une grande arche à tenir blé, tous vieux meubles, ainsi que vingt-huit tonneaux dont la plupart sont d'une charrette : cinq ou six qui ne valent  rien et ne peuvent servir, les autres sont médiocrement bons et fort marqués avec une fleur de lie(?) sauf les grands qui sont dans la cour tenant chacun de dix à douze saumées, lesquelles ne sont marqués.

- En la chambre arrière qui est dessus de la chambre précédente, un châlit, une vieille coeltre mallotrue toute rapetassée avec son coussin, un vieux buffet noyer avec ses serrures, armoires et tiroirs, et les orgues avec les soufflets.

- dans la chambre joignant à ladite chambre arrière, où demeure le vel… deux chenets, une coeltre avec son coussin, une vieille coeltre catalogne blanche et petite, deux vieilles tables avec leurs tréteaux, deux chaises, une escabelle, une vieille tapisserie tenant après le ciel sur le lit, vieille et rompue et de peu de valeur ; un pot beccu (à bec) d'un pot et demi et un autre petit pot rond tenant la moitié du précédent.

- dans la galerie blanche une vieille table avec son sous-pied, deux vieilles tapisseries toutes rompues et de peu de valeur.

- dans un autre galetas au-dessus la chambre précédente, une vieille coeltre et deux autres vieilles coultres bien malotrues.

- En la garde-robe haute du château un châlit où sont les armoiries de La Chambre avec une L et un A entrelacés signifiant Louis de La Chambre et Anne de Bollogne ; quatre vieilles brosses, des courtines blanche, rouge brodé, et jaune ; deux épinettes une régale, une autre plus petite régale, seize vieilles chaires rompues de cuir, deux lits de camp, deux vieux cramassins (bassinoires) l’un tout rompu et sans couvercle et l’autre avec son étui ; deux chenets de fer, plusieurs châlits désassemblés de noyer, un grand coffre de noyer en menuiserie avec sa serrure (les espars  sont rompues sur le derrière).

- dans la petite cave dudit chateau y a deux petits tonneaux que Chapuis dit être tous deux purs, un pot (?) ayant son cercle de fer tout cassé et rompu, un trépied de fer n’ayant que deux jambes.

- dans l'écurie du château une vieille coeltre, un cheval bai qui est aveugle de l’âge d’environ six ans.

On découvre aussi la nature du mobilier de l'époque, même après que plusieurs charrettes aient déménagé l'essentiel : les tables sont "sur tréteaux", on s'assied plus souvent sur des bancs que sur des chaises ; les grandes armoires n'existent presque pas encore : on range le linge dans des coffres, et le reste dans des "buffets", petites structures posées, avec portes, si possible fermant à clé ; car leurs propriétaires voyageaient beaucoup, de château en château, et emportaient une partie de leurs "meubles" (on comprend mieux le sens de ce mot, qui est de même origine que "mobile") dans des chariots : que faire d'une armoire normande dans ces conditions !

Documentation JF Dh, transcription,  A.Dh. Et Monique Dumond


Lexique
Banc tornier
: semble désigner un banc de bois servant de coffre
Buffet : on donna pendant les XIVe et XVe siècles, le nom de "buffet" au meuble que l’on plaçait, pendant les repas de cérémonie, au milieu de l’espace réservé entre les tables en fer à cheval, et sur lequel on rangeait des pièces d’orfèvrerie, des épices et confitures, comme sur des gradins. Au XVe siècle,  le mot buffet indique non-seulement le meuble, mais tous les objets dont on le couvre. (Eugène Viollet-le-Duc) Voilà qui explique nos repas "buffets".
Mais aussi : "Des inventaires anciens désignent souvent des buffets à deux ou plusieurs « armoires », ce qui laisse penser que le mot armoire a pu désigner les vantaux, ou qu'un buffet a pu être composé de plusieurs unités différenciées, avant le meuble à deux corps que nous connaissons" (Wikipedia)
Châlit : Vieux mot employé pour bois de lit
(Viollet-le-Duc)
Chaise, chaire, chère : Le nom chaire vient de « cathédra » qui signifie siège, qui deviendra par la suite chaise. Siége garni de bras et dossier, quelquefois de dais pendant les XIVe et XVe siècles. (Viollet-le-Duc)
Un landier est un chenet de fer de grande dimension en usage au moyen âge


Sources
Inventaire de Barbe d'Amboise, pages 119 à 150, Archives de Musin