Vie publique

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1470. Un grand baron des États de Savoie dans la tourmente
1478-1483. L'affaire du Duc Philibert
1491-1492. L'affaire de l'évêque de Genève


1470. Un "grand baron" des États de Savoie, dans la tourmente

Louis 1er de Seyssel-La Chambre succède à son père mort en 1470. Il a une vingtaine d'années.

Il contracte mariage en mars 1472, avec Jeanne de Châlon, apparentée à plusieurs maisons souveraines et aux plus grands feudataires de la couronne de France, et choisie pour marraine du futur Philibert Ier de Savoie.
La situation du comte de La Chambre à la Cour de Savoie est considérable.
Il soutient Yolande de France, veuve en 1472 d'Amédée IX Savoie, Duc de Savoie, et légitime tutrice du prince
Philibert, contre les princes, avides de son pouvoir jusqu'à risquer la guerre civile (les princes : ses beaux-frères, et en particulier Philippe, comte de Bresse, et Jean-Louis, évêque de Genève): Louis aurait "contribué puissamment à permettre à cette princesse de garder les rênes du gouvernement".1
Ce qui était normal, en somme : Yolande était sa suzeraine, les seigneurs tiraient une bonne part de leur légitimité et de leur fortune de leur fonction de soutien aux gouvernants.

La Guerre de Cent Ans s'achevait, sans ramener la paix : de Londres à Naples, on intriguait.
Yolande de France était attachée à l'indépendance de la Savoie - or, il ne fait pas bon se trouver le "portier des Alpes" sur le passage obligé des troupes armées ; elle eut à louvoyer entre son frère, Louis XI de France, le Duché de Bourgogne, les Bernois, les Milanais… tous aux prises dans des alliances interchangeables de peu de durée ; pour protéger le Duché, elle s'allia un temps à la Bourgogne : dépit ou méfiance? Écrasé par les Suisses, le Duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, la séquestra. Délivrée par Louis XI, qui triomphait, elle dut accepter son autorité.
Il faut dire que Yolande de France, promise toute petite au futur Amédée IX, avait été dès lors élevée à la Cour de Savoie ; puis son frère Louis, encore dauphin… en Dauphiné, s'était rapproché des Savoyards, et, sans prendre l'avis de son père, avait épousé la princesse Charlotte de Savoie : bien des complots se sont ourdis en toute "bonne foi", au nom de droits d'autant plus complexes que toutes les têtes couronnées étaient plus ou moins cousines.
Et chacun tentait de protéger son pré carré - ou mieux, de l'augmenter. 2 et 5

 

Voici 3 versions de la même aventure de Louis 1er de La Chambre, écrites entre 1859 et 1990 : on verra comment la part de l'interprétation de l'auteur, le souci du détail, peuvent faire basculer complètement l'image que nous pouvons nous faire d'un personne historique.
Les conclusions valent pour les autres pages de cette rubrique bien entendu !


Mais d'abord, les faits !

Le 11 février 1482, le Duc Philibert signe la lettre d'inféodation des châteaux de Louis au profit de son oncle, Philippe de Savoie pour crime de lèse-majesté.
On peut voir ce document (en italien) en ligne sur le site des ADS1.


1478-1483. L'affaire du Duc Philibert…

1ère version, racontée par Marc de Seyssel-Cressieu (en 1900) 2

À la mort de Yolande de France, en octobre 1478, le Duc Philibert n'a encore que 13 ans.
Les luttes de pouvoir contre la régente n'ont guère cessé depuis la mort d'Amédée IX: les princes, et quelques grands seigneurs de Piémont et de Savoie briguent le gouvernement et cherchent toujours à obtenir la régence.

Après Yolande de Savoie, la succession pour la tutelle du prince

Le seigneur de Miolans et Louis de Seyssel-La Chambre ont des partisans.
Il est convenu que six barons piémontais et six barons savoyards, au nombre desquels se trouvent Myolans et La Chambre, dirigeront les affaires, chacun dans sa province, jusqu'à la majorité du duc dont la personne restera confiée à Grolée que Louis XI, du vivant de sa mère, lui a donné pour gouverneur "tendant à ce que l'enfant fust imbu dès ses jeunes ans en l'amour et bienveillance de la couronne de France, par un gentilhomme françois : ayant opinion qu'il tiendrait à jamais de ceste nourriture".

Mais à Chambéry, une assemblée des notables de Savoie se tourne vers le roi de France : belle occasion pour Louis XI  d'intervenir en Savoie.
Fidèle à sa politique de division, il ne donne la régence à aucun des oncles paternels, mais choisit les deux puissants seigneurs de Savoie: il confie la charge de maréchal du duché à Miolans, et désigne Louis de Seyssel-La Chambre pour la régence et le gouvernement général en Piémont et en Savoie, pendant la minorité du jeune duc Philibert Ier.
Celui-ci s'est mis sous la protection du roi de France (son oncle maternel), et il signe à Chinon, le 19 janvier 1480, des lettres nommant régent et lieutenant général de ses États avec une pension de quatre mille florins, Louis de La Chambre, comte dudit lieu et vicomte de Maurienne «de domo antiquorum procerum nostrortim et nobis fidelissimorum». Cette nomination est reconnue par le Conseil ducal, le 4 février 1480 et, de retour dans ses États, le duc Philibert la confirme par patentes datées de Chambéry, le 15 novembre 1480.

Louis XI croyait que La Chambre et Miolans seconderaient sa politique; il les avait comblés de faveurs, ils avaient pris le parti français du temps de la lutte avec le Duché de Bourgogne. Mais - nous dit Marc de Seyssel-Cressieu, il avait compté sans le patriotisme de ces deux barons." 2
Patriotisme ? Le mot n'est peut-être pas approprié en XVe siècle.

Tout en guerroyant en Piémont contre des brigandages, le lieutenant général, secondé par le maréchal de Savoie, cherche à secouer le joug de la France.
Louis XI  se rapproche alors de Jean-Louis de Savoie, évêque de Genève, qu'il avait d'abord écarté de la régence, et ordonne à Grolée, gouverneur du duc de Savoie, de quitter Turin et de revenir en France, sous prétexte de chasses en Dauphiné : une fois le jeune Duc en son pouvoir, le roi de France compte reprendre la direction de la politique savoyarde.
Grolée accomplit fidèlement les ordres de son maître ; mais, averti du départ du Duc, le comte de La Chambre réunit une petite troupe et se met à la poursuite du gouverneur ; celui-ci s'est arrêté à Yenne, avec le duc,  pour la nuit: c'est leur dernière étape avant d'entrer en Dauphiné.

La Chambre et Miolans contre Louis XI

La Chambre arrive à Yenne avant l'aube, pénètre dans la maison, et s'empare de Grolée : il l'envoie prisonnier à son château de l'Hueille. Il réussit facilement à convaincre le jeune duc qu'il a intérêt à fuir les caresses de son oncle le roi de France.2
Reste à reconquérir le gouvernement du Piémont dont s'est emparé l'évêque de Genève. Le comte de La Chambre revient donc avec le duc à Chambéry, où il réussit à réunir une armée de plus de dix mille hommes, puis il se dirige  vers le Piémont, toujours accompagné du duc de Savoie, avec lequel il s'arrête à Turin. Pendant ce temps le maréchal de Miolans avec l'armée de Louis affronte les troupes de l'évêque.
A Turin, le comte de La Chambre ne quitte pas le duc, auquel il cherche à procurer les distractions de son âge (camarades de jeux, mômeries à l'occasion des fêtes de Noël 1481…). Philibert a 16 ans…

Mais la disgrâce était proche.

C'est Marc de Seyssel-Cressieu, lointain parent de Louis 1er qui parle* : "Il est facile de se rendre compte des causes véritables qui ont provoqué cette disgrâce : Louis XI avait déjà cherché à renverser le comte de La Chambre et le ressentiment de ce roi pour celui qui avait déjoué ses calculs politiques est la seule et unique cause de la chute de Louis de Seyssel-La Chambre."

Philippe de Savoie, comte de Bresse, l'un des oncles de Philibert, se prétend menacé par le roi de France. Louis de La Chambre l'accueille à Turin début 1482 ; mais le comte de Bresse lève une troupe salariée d'environ quinze cents hommes, revient à Turin et s'empare de Louis et du jeune Duc.

La disgrâce

Voyant sa liberté menacée, Myolans se hâte de regagner la Savoie d'où il passe… en France.
"Quinze jours à peine suffirent à Philippe de Savoie pour instruire le procès du comte de La Chambre. Condamné pour félonie, ses biens furent séquestrés et le comte de Bresse, à la fois juge et partie, crut pouvoir se les faire adjuger. Philibert qui, au dire de la chronique, avait éprouvé un grand déplaisir de l'arrestation du gouverneur général, consentit néanmoins à donner à son oncle l'investiture du comté de La Chambre  et de la vicomté de Maurienne.
Pendant ce temps, l'épouse de Louis, Jeanne de Châlon, retirée à Saint-Rambert en Bugey, demandait la libération de son mari. Elle fit délivrer Grolée  incarcéré au château de l'Hueille depuis près de deux ans.
"2

Le 17 avril 1482, elle adressait à M. du Bouchage la lettre suivante :

Monsieur du Bouchage ,
 Je me recommande à vous de tout le pouvoir de mon cueur, vous mercians de la poyne que vous avez prins pour Monsieur de La Chambre mon mary ainsy que m'a dist mon maistre d'oustel, lequel ay envoyé à La Chambre et à Leuillie pour la délivrance de Monsieur d'Eslins; et à moy ne tiendra que je ne le feisse mettre en sa liberté pour complayre et obéir au bon commandement du roy, ainsy que plus à plain vous dira le présent pourteur lequeul ay chargié vous dire aulcunes chouses de ma part. Si vous prie qui vous plaise le croyre comme moy-mesme et vous employer pour Monsieur mon mary et pour moy ainsy comme j'en ay ma parfaitte fiance. Et quand temps et lieu sera je ne seray pas ingrate à recognoistre le bien que vous aurez faitz à mondist seigneur de La Chambre ; En vous disans à Dieu, Monsieur du Bouchage, auquel je prie qui, par sa grâce, vous doint bonne vie et longue.
Escript à Saint-Rambert, le XVIIe jour d'avril.
La toute vostre, Jehanne de Chalon
. »

Dès que l'évêque de Genève eut conquis la régence, le comte de Bresse conduisit le duc Philibert auprès du roi de France à Lyon ; mais les événements donnèrent cruellement raison au comte de La Chambre : à peine le jeune prince eut-il rejoint son oncle, qu'il mourut à l'âge de 17 ans d'une maladie bizarre,  que plusieurs contemporains prirent pour un empoisonnement.2
A vrai dire, Philibert voyageait en France depuis plusieurs mois, et d'autres contemporains penchent pour les suites d'une partie de chasse trop enjouée.[ndlr]

Le nouveau duc de Savoie, Charles Ier était depuis deux ans en France où le roi, son tuteur, le faisait élever, quand la mort de son frère l'appela au trône de Savoie. Il avait 15 ans. Sur le conseil de Miolans, (…) ce prince, d'un caractère énergique, résolut de reconquérir son duché et d'en chasser ses oncles, le comte de Bresse et l'évêque de Genève. Sans prendre l'avis du roi de France, il se mit en route pour la Savoie.

Son premier acte de souverain concerne le comte de La Chambre dont le patriotisme avait si vaillamment défendu la couronne de Savoie contre les agissements de Louis XI.2

Le retour en faveur

Ayant de quitter Beaugency, il envoie, en effet, en juin 1482, une lettre par laquelle il proteste énergiquement contre toute donation des biens confisqués sur Louis de Seyssel-La Chambre.
Le voyage est difficile : Louis XI cherche à le retenir en France; en novembre, il envoie de Tarare de nouvelles lettres:
« Je proteste, dit-il, contre toute donation et toute inféodation des biens du comte de La Chambre et j'affirme ici que toute donation de ces mêmes biens, qui pourrait être faite à l'avenir, devra, en dépit de ma signature, de mon sceau et des autres signes d'authenticité dont elle serait revêtue, être considérée comme nulle et non avenue, car elle m'aura été arrachée par la crainte de déplaire à mon très redouté seigneur et oncle le roi Louis XI.»

A peine rentré dans ses États, le duc Charles confie à Miolans la garde des châteaux de Maurienne qui appartiennent à Louis de Seyssel et, dès que ce dernier a pu sortir de prison, le maréchal les lui remet contre une quittance qui, datée du 14 octobre 1483, stipule formellement que Miolans ne détenait ces châteaux que parce qu'ils lui avaient été confiés en garde par le duc de Savoie.

Libéré des prisons d'Avigliane
,* 4 Louis se hâte de revenir en Savoie où l'appelle la santé de sa femme : Jeanne de Châlon, brisée, est gravement malade. Elle teste à Chamoux, le 23 août 1483, instituant son mari légatataire universel. Morte le 15 septembre 1483, elle est enterrée, conformément à sa volonté, dans l'église des Carmes de La Rochette, à côté du tombeau de Jean de Seyssel, maréchal de Savoie.

En Touraine, Louis XI est mort aussi en 1483, au Plessis-lès-Tours.

"Quelques mois à peine après sa sortie de prison, le comte de La Chambre, complètement rentré en faveur, était nommé par le duc Charles Receveur des émoluments des Sceaux des judicatures de Maurienne. Les comptes qu'il faisait tenir des recettes de cette charge lucrative existent encore aux archives camérales de Turin".2

 

1478-1483. L'affaire du Duc Philibert…

2ème version, racontée par Léon Ménabréa  (en 1859) 5

"Le duc Philibert n'avait que quatorze ans lorsque la mort lui enleva son héroïque mère. Les provinces, émues par ce malheur, retombèrent vite dans l'anarchie. Les États, de nouveau convoqués, prirent conseil du roi de France, qui nomma le comte de La Chambre gouverneur général (Simonin).
Ce choix trahissait la politique persévérante d'un prince qui cherchait à semer la discorde pour affermir sa propre puissance. Les oncles du jeune duc. qu'on avait mis à l'écart, furent vivement blessés. Bientôt la lutte devient ouverte : le comte de La Chambre est accusé d'abus et de prévarications.

L'évêque de Genève se hâte de reprendre les rênes du gouvernement. A l'aide d'un ordre secret de Louis XI,
le duc Philibert, sous prétexte d'une partie de chasse, est conduit en Dauphiné par Grolée de L'huis, créature du roi.
De La Chambre court à la poursuite du jeune duc et le ramène en Savoie. Il fait enfermer Grolée de L'huys, comme traître, au château de Leuille en Maurienne, et se met en mesure de faire la guerre à l'évêque de Genève, qui gouvernait le Piémont. Verceil est assiégé par le seigneur de Miolans, qui commandait l'armée expédiée par de La Chambre. Philippe de Bresse, d'après les conseils de Louis XI, gagna quelques officiers de la cour de Savoie. Il chargea Thomas de Saluées de s'emparer du comte de La Chambre (Fleury, Histoire ecclés.).
Cet ordre fut exécuté à Turin, et l'ex-gouverneur fut jeté en prison. Malgré les griefs qui lui étaient imputés, le duc Philibert témoigna quelque déplaisir de cet événement ; mais l'intérêt de l'Etat imposait, à cette heure, d'adhérer aux inspirations du roi de France.
Jean-Louis de Savoie est une seconde fois nommé gouverneur du duché, et Philippe reprend la lieutenance des provinces subalpines. Ce dernier abandonne peu le duc Philibert, qui, malgré les heureux instincts de sa nature, se livre aux dissipations de son âge et à son goût violent pour la chasse, d'où loi vint le surnom de Chasseur. Ce jeune prince, se trouvant à Lyon, mourut à l'improviste (1482). Cette fin prématurée donna lieu à des soupçons d'empoisonnement. Rien de positif ne vint les appuyer.
Charles Ier. frère du défunt (dit le Guerrier), troisième fils d'Amédée IX. lui succéda à l'âge de quatorze ans. Il mourut dans sa vingt-unième année (1489), victime de la vengeance du marquis de Saluées, qui le fit empoisonner.
(…) La mort de Charles, dernier descendant d'Amédée IX, fit passer la couronne à Philippe de Bresse, son grand-oncle, dit Sans-Terre, lequel tient une si large place dans l'histoire de Savoie. Ce prince ne régna que dix-huit mois, et ne parvint au trône qu'à l'époque de son existence où les ambitions passées avaient perdu de leur prestige. Plein de valeur et de hautes et grandes qualités, la fin de sa vie effaça les erreurs du commencement.

 

1478-1483. L'affaire du Duc Philibert…

3ème version, racontée par  Henri Ménabréa (en 1990) .6

Accroissement des troubles.
À la mort de Yolande, les Trois États, assemblés à Rumilly, demandèrent eux-mêmes à Louis XI d'organiser une nouvelle régence. Le roi choisit un homme de confiance, le comte de La Chambre. Mais ce seigneur s'en servit pour des buts personnels, brouilla les affaires et se saisit même du jeune duc. Louis XI fit arrêter La Chambre et s'assura de Philibert en le tenant près de soi. Ce fut à Lyon que mourut le jeune duc; peut-être ses amusements d'exilé contribuèrent-ils à cette fin précoce (1482).

C'est plus court, et le point de vue change !


 

1491-1492. L'affaire de l'évêque de Genève

Les événements de 1478 à 1483, avaient-ils fait perdre le sens de la mesure à Louis de La Chambre?
Cette fois, il allait commettre un crime de lèse-majesté… et s'en sortir pourtant avec les honneurs.

Après la tutelle de Yolande, est venu le temps de la tutelle de la duchesse Blanche de Montferrat. Celle-ci abandonne Chambéry pour Turin : la frontière française est fixée, l'histoire des États d'Italie se joue; les seigneurs piémontais prennent des emplois longtemps réservés à la noblesse savoyarde, où la colère gronde une fois de plus, contre une Duchesse.
Or, Blanche va nommer elle-même le nouvel évêque de Genève, contre l'usage ; et… le siège aurait dû revenir à un Seyssel. C'est la révolte ! Poussé ou soutenu par ses amis, Louis de La Chambre lève une armée contre le Duché, occupe Chambéry et d'autres places, et installe son cousin Seyssel à l'évêché. Mais bientôt, ses troupes se heurtent à celle de Philippe de Bresse, et au terme d'une bataille sanglante, Louis, vaincu, passe en France.

En août 1491, les biens de Louis de la Chambre sont à nouveau confisqués !
La sentence est de nouveau prononcée par Philippe de Savoie, comte de Bâgé, seigneur de Bresse, gouverneur et lieutenant genéral du duc Charles-Jean-Amédée : il déclare confisqués tous les biens de Louis, "jadis comte de La Chambre" (châteaux, lieux, fiefs et arrière-fiefs, biens et revenus)), pour les crimes de félonie et de lése-majesté commis par lui en envahissant à main armée des châteaux et fiefs du duc.
(Philippe, ennemi juré de Louis, est nettement juge et partie ! Et l'acte, qui reprend même les griefs de 1483 annulés par Charles II, semble un tantinet délirant : on y relève des accusations évidemment mensongères. Chamoux cité à de nombreuses reprises prend des airs de repaire de brigand…)
(Lire l'acte d'accusation dans la page "lèse-majesté ?")
Cette sentence  est confirmée par le Conseil résident à Chambéry en novembre 1491.
Déjà (en septembre 1491), Blanche, duchesse de Savoie, tutrice du duc, a délivré les patentes unissant les biens confisqués au patrimoine ducal ; et en novembre 1491, la duchesse prescrit au capitaine de Châteauneuf de détruire les châteaux confisqués.
(On aimerait savoir ce que devint sa famille à ce moment-là)
En fait, c'est le château de Châteauneuf qui en fera les frais.

Louis a gagné le roi de France Charles VIII à sa cause : Philippe de Bresse est convoqué à la cour royale pour explications, et doit accepter de "passer l'éponge" : amnistie complète, révocation de la sentence de confiscation….
Louis rentre en Savoie, retrouve ses charges, ses biens…  Il récupère La Rochette en mai 1492.

Marc de Seyssel-Cressieu commente en 1900 : " Il est curieux de constater la facilité avec laquelle des événements de l'importance de ceux que nous venons de relater étaient oubliés à la Cour de Savoie. La force et la puissance étaient encore, à cette époque, considérées presque à l'égal des vertus et les abus que l'on pouvait en faire étaient facilement excusés.

Le comte de La Chambre était à peine rentré dans la libre possession de ses biens qu'il reprenait à la Cour la situation à laquelle sa naissance lui donnait droit.

La mort du jeune duc Charles-Jean-Amé [en] avril 1496, faisait passer la couronne de cet enfant de six ans à son grand-oncle Philippe, comte de Bresse, qui avait été, pendant tant d'années, l'irréconciliable ennemi du comte de La Chambre. Le caractère violent et emporté du nouveau duc devait faire craindre à Louis de Seyssel les conséquences que pourrait avoir pour lui ce changement de souverain, mais, à peine monté sur le trône, Philippe fit preuve de la plus grande mansuétude et, loin de chercher à nuire à ses anciens ennemis, s'efforça de se les attacher en les comblant de charges et d'honneurs. L'investiture qu'il donna au comte de La Chambre de tous les biens pour lesquels ce seigneur était obligé de lui rendre hommage renferme les considérants les plus flatteurs; il lui accorda plusieurs charges et l'associa aux affaires de son gouvernement." 2

18 mois plus tard, en 1497, Philibert le Beau, fils de Philippe devient duc de Savoie ; avant de laisser rapidement la place à son frère Charles.
Louis de La Chambre est toujours là, chargé de hautes missons diplomatiques avec la France ; il négocie en particulier un nouveau passage des troupes françaises vers l'Italie. Toujours chambellan ducal, le comte de La Chambre réside pratiquement jusqu'à sa mort auprès de son nouveau souverain; il est à La Rochette au moment de sa mort, en mai 1517, à 67 ans.

A.Dh.


Notes
* En 1868, Victor de Saint-Genis écrit 3 : "[Louis] ne quitte plus Philibert, le conduit de fête et fête de Chambéry à Rumilly, où se tinrent les États en décembre 1481, mais de préférence sur les bords du Rhône, à Seyssel, Châtillon, Yenne, Saint-Genix, où l'on chasse, où l'on danse, , et d'où il est aisé en une journée de descendre jusqu'à Lyon par le cours rapide du fleuve. Le comte de La Chambre, pris par surprise, est à  son tour enfermé dans la prison de Myolans." Les sources sont citées : Archives  de Cour (Maurienne - Mazzo III § - Enqueste touchant les delicts et œuvres de fait perpétrés par Messire Loys de La Chambre)


Sources bibliographiques

1- ADS SA 26- Archives de Cour : province de Savoie > SA 26. Forez à La Serraz. > La rochette, La Croix de la Rochette - vue 226
2- La Maison de Seyssel : ses origines, sa généalogie, son histoire : ... Marc de Seyssel-Cressieu in Gallica : http://gallica.bnf.fr/ (Il faut saluer la richesse des notes bibliographiques de cet ouvrage.)
2-  d'après : Yolande de France, Duchesse de Savoie, Sœur de Louis XI (Michèle Brocard, Cabédita 1999)
3- Histoire de Savoie d'après les documents originaux depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'annexion, Victor de Saint-Genis, édité à Chambéry, 1868 Vol.1 page 478 (scan Google Books / BCU Lausanne)
4
- Chroniques de Yolande de France ... Léon Ménabréa, 1859, Volume 1 ( scan GoogleBooks/The New York Public Library)
5- cf Histoire de la Savoie Henri Ménébréa (1933 - 1990, La Fontaine de Siloé)


Pour les chercheurs : ressources à explorer

Louis [de Seyssel], comte de La Chambre, vicomte de Maurienne. - SA 26, 37, 46, 47, 55, 141, 142, 145, 146, 147, 159, 162, 251 Mariage : 145, 146. Testament : 148

Archives Départementales de Savoie
Archives en ligne » Autres archives en ligne > Archives de Cour ( Fonds de la province de Savoie-propre) - SA 1 à 38 SA 26. Province de Savoie (suite). Forez à La Serraz.

en détail
SA 26 Forez à La Serraz. (42 pièces parchemin, 2 cahiers et 13 pièces papier, 2 sceaux. 1246-1714)
- EN LIGNE, page 226/346 Inféodation consentie par Philibert, duc de Savoie, à son oncle, Philippe de Savoie, comte de Bâgé, des châteaux et mandements de L'Heuille, de La Rochette, des Hurtières, de Sainte-Hélène, Chamoux, Montailleur, Neyrieu (Ain) et Juis (Ain) en conséquence de la confiscation des biens de Louis, comte de La Chambre, vicomte de Maurienne, pour crime de lèse-majesté (1482, 11 ou 20 février).

SA 37 Titres de la Maison de Seyssel.
- Transaction passée entre Louis, comte de La Chambre, vicomte de Maurienne, et Françoise, sa fille, femme de Gabriel de Seyssel, baron d'Aix, de la Bâtie et de Meillonnas, au sujet de leurs droits à la succession de la principauté d'Orange, hérités de Jeanne de Chalon, femme dudit comte de La Chambre (1491, 5 janvier).
- Transaction entre Françoise de La Chambre, femme de Gabriel de Seyssel,
baron d'Aix, et Philiberte de Luxembourg, princesse d'Orange, mère et tutrice de Philibert de Chalon, prince d'Orange, comte de Tonnerre, au sujet de la dot de 60 000 livres, jadis constituée par Jean, comte d'Armagnac en faveur d'Eléonore d'Armagnac, femme de Louis de Chalon, prince d'Orange, et aïeule de la dite Françoise de La Chambre, copie (1504, 8 novembre).

SA 42  Chamousset,  Chamoux, Charmet.
CHAMOUSSET. Reconnaissance passée en faveur du comte de La Chambre par Jean de La Chambre, seigneur de Chamousset, fils de Jean, bâtard de La Chambre, pour la maison forte de Chamousset et autres biens, s.d. (fin du XVe s.)

SA 46 - Registres de reconnaissances et hommages, reçus par Pierre Gavens, secrétaire ducal, commissaire et receveur des extentes de  Louis, comte de La Chambre, pour des biens relevant des châteaux de Châteauneuf et de Sainte- Hélène-des-Millières (1489-1490).

SA 47 - Reconnaissance en faveur de  Louis, comte de La Chambre, vicomte de Maurienne, pour des biens situés dans le mandement de Châteauneuf par Archives départementales de Savoie, Trésor des chartes page 54/65 Guigues et Claude, fils de feu Jacques d'Orlyé, et par noble Claude Palluel, héritier de Guigues de Montmayeur (1489-1490).
- Compte des recettes et dépenses de la châtellenie de Châteauneuf, rendu par Aymon de la Charnée, châtelain dudit Châteauneuf pour le comte de La Chambre, vicomte de Maurienne (1493).
- Registre des reconnaissances de plusieurs nobles tenant des biens dans le mandement de Châteauneuf, reçues par Louis Germanet, notaire public et commissaire des extentes de  Louis, comte de La Chambre, vicomte de Maurienne, baron de Cuines et de Châteauneuf (1514-1516).

SA 55 - La Rochette (suite)
- Ventes consenties en faveur de  Louis, comte de La Chambre, vicomte de Maurienne, de biens situés à La Rochette (1498).
- Prix-fait pour la construction d'une halle à La Rochette (1512).
- Inventaire des meubles du château de La Rochette (1512).

SA 58 - Contrat de mariage entre Françoise, fille de  Louis, comte de La Chambre, vicomte de Maurienne, et Jacques de Miolans, fils aîné d'Antelme, baron de Miolans et d'Anjou (1479).
- Quittance passée par Jean de Montmayeur, seigneur du Crest, d'une somme de 10 000 florins à compte de 30 000 florins restant à lui payer pour sa renonciation au profit de  Louis, comte de La Chambre, de ses droits à la succession de Gaspard, comte de Montmayeur (1488).
- Renonciation en faveur du même comte de La Chambre par Françoise de Sassenage, vicomtesse de Clermont et de Tallard, de ses droits à l'hoirie de Gaspard, comte de Montmayeur, son grand père, et de Jacques, comte de Montmayeur, son oncle, copie (1488).

SA 59 - (…) vicomte de Maurienne, seigneur de Châteauneuf, par Jean de Cuines, seigneur de Rubaud, pour sa maison-forte de Rubaud et ses biens et revenus à Coise, Saint-Jean-Pied-Gauthier, Châteauneuf et Bettonet (1494).

SA 141. Province de Maurienne (suite) : La Chambre
- Enquête faite a la demande du comte de La Chambre sur des réparations à entreprendre contre les débordements du Gelon dans le mandement de La Chambre (1497).
- Lettres de  Louis, comte de La Chambre, vicomte de Maurienne, qui déclare avoir reçu les châteaux de La Chambre et de Cuines, remis par Antelme, baron de Miolans, maréchal de Savoie, qui les avait reçus en garde (1483, 14 octobre).

SA 142. Province de Maurienne : La Chambre (suite).
- Relation des délits et voies de fait perpétrés contre le duc Philibert ler et autres par Louis, jadis comte de La Chambre, et à cause desquels tous ses châteaux et biens ont été confisqués, s.d. (vers 1478).
- Sentence de confiscation prononcée par Philippe de Savoie, comte de Bâgé, seigneur de Bresse, gouverneur et lieutenant genéral du duc Charles- Jean-Amédée, pour laquelle il déclare confisqués tous les biens de Louis, jadis comte de La Chambre (châteaux, lieux, fiefs et arrière-firefs, biens et revenus)), pour les crimes de félonie et de lése-majesté commis par lui en envahissant à main armée des châteaux et fiefs du duc; (1491, 31 août )
confirmation de cette sentence par le Conseil résident à Chambéry (1491 14 novembre).
- Patentes de Blanche, duchesse de Savoie, tutrice du même duc, unissant au patrimoine ducal les biens confisqués (1491, 20 septembre).
- Lettres de la duchesse, qui prescrit au capitaine de Châteauneuf de détruire les châteaux confisqués (1491, 5 novembre).

SA 146 Province de Maurienne : Titres de la Maison de Chambre (suite).
- Interrogatoire [de témoins] à l’occasion du procès survenu entre Louis, comte de La Chambre. et les nobles Louis, Pierre, Jean de La Ravoire au sujet de la coutume de Savoie, qui considérait comme valables les aliénations, donations et subhastations de biens féodaux (1472)
- Procuration donnée à Louis comte de La Chambre, lieutenant et gouverneur général deçà et delà les monts, à Guillaume Vulliod pour l’administration de ses biens (1480)

- Vidimus de l’obligation passée en 1493 par les habitants de La Croix de la Rochette et consorts de la somme de 500 florins au profit de Louis. comte de La Chambre, pour contribution  à la dot de Françoise de La Chambre, sa fille, mariée au baron d’Aix, acte produit à l’occasion de l’action intentée contre les paroissiens du Verneil, dEtable, de La Croix et de Rotherens par Jean, marquis de La Chambre, en vue d’obtenir une aide pour le mariage de Béatrix de La Chambre, sa sœur. avec René de [Bruges], prince de  [ ?]  (1564).
- Mémoires concernant les droits,-revendiqués par la Maison de La Chambre sur le comte de Dammartin et la baronnie de Tours en Champagne, qui avaient été donnés à la suite de la condamnation pour crime de lèse-majesté d’Antoine de Chabannes, par Marguerite de Nanteuil, sa femme, à Jacqueline de Chabannes, leur fille, femme de Louis de La Chambre, s.d. (XVIe s).

SA 159. Province de Maurienne (suite). Avieux et Les Hurtières.   
- Actes de procédure engagés entre  Louis, comte de La Chambre, possesseur pour les deux tiers de la juridiction des Hurtières, et Aymon des Hurtières en consequence du décés d’Amédée des Hurtières,. frère de ce dernier (1478 1480).
- Echange consenti par  Louis, comte de La Chambre, vicomte de Maurienne, qui cède tout le mandement et la juridiction de Montailleur à Antelme, baron de Miolans, contre le tiers du mandement et de la juridiction des Hurtières, vidimus (1479).
- Reconnaissance passée en faveur du comte de La Chambre par noble Jean, fils de feu Jean, bâtard de La Chambre, pour son château et ses biens de Chamousset et ses biens des Hurtières, copie (1493).

ADS - Moyen-Age et Ancien Régime / Fonds des administrations d'Ancien Régime jusqu'en 1793 / Administration générale du duché
C 1773 Affaires générales. – Indice, Savoja, répertoire analytique, rédigé en italien, des concessions, investitures, consignements de fiefs, dans le duché de Savoie, depuis le XIIIe siècle, etc. – Lettre C, ler volume, commençant par les titres de Cercler, en Genevois, et finissant par ceux du Châtelard en Beauges.  – Inféodation du château et de la Seigneurie de Chamoux, accordée, en 1482, à Philippe de Savoie, par le duc Philibert de Savoie. (Sans dates, XVIIIe siècle)